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La concession de M. Danceny aura de la peine à s'établir. Le Sr. de Lepinay, qui en est le directeur, n'est pas en etat de l'entreprendre par la perte qu'il a faite de la plus grande partie de ses effets dans l'incendie d'un magazin qui a bruslé, on a oüi dire que ce directeur avoit reçu ordre de M. Danceny d'abandonner sa concession, en tous cas presque tous ses ouvriers et engagez au nombre d'environ 30 a 35, ont pris party d’un costé et l'autre, et on croit que le directeur repassera en France par le premier navire.

La concession de M. de Chaumont est placée aux Capaiaus sur la Riviere des Chapitoulas. Le terrain en est fort bon, et il y a eu desja une bonne recolte de vivres du pays. Le Sr. Lagarde, la regit, et on croit qu'il y a dans cette concession 25 blancs et 30 negres, on a fait sur cette habitation une epreuve d'indigo qui s'est trouve fort beau, et de la meilleure qualité.

La concession de M. Dubuisson, qu'on croit appartenir a Mm. Paris, est etablie au bayougoula, a 8 lieues au dessus de la Nouvelle Orleans. Le terrain y est fort bon. Il y a environ 4 blancs et 15 a 20 negres. Le Sr. Dubuisson, qui la regit, a fait une epreuve de soye et en a envoyé un echantillon en France. Elle a été trouvée d'une aussi bonne qualité que la plus belle qu'on employe dans les manufactures du royaume.

La concession du Sr. Cantillon irlandais est etablie sur la Riviere des Ouachitas, autrement dite la Riviere Noire, qui tombe dans la Riviere Rouge, on a oüi dire que le terrain en est bon et qu'il y a environ 10 blancs et 20 negres. Le Ft. Sr. Cantillon la regit lui meme.

Outre toutes ces concessions il y a encore d'autres petites habitations scituez dans differens lieux de la colonie.

Les familles Allemands qui peuvent composer environ 330 personnes de tout sexe et de tout age, sont placées a 12 lieues au dessus de la Nouvelle Orleans, a gauche en montant le fleuve, sur un fort bon terrain, ou il y a eu ancienment des champs sauvages qui sont faciles a defricher, ces Allemand y sont partages en trois bourgs dont le terrain qui est d'une tres grande tendue n'a jamais été inondé, comme ces gens la sont fort laborieux. Il y a lieu d'esperer qu'ils feront cette année une recolte abondante et qu'ils reissiront dans la suitte a faire de bons etablissemens dans la colonie.

En Mars 1722 il ny avoit au bas de la colonie aucune nouvelle certaine des illinois, on a veu seullement une lettre de M. Dartagniette, capitaine d'une compagnie au d’lieu dattée vers le commencement de 9 bre 1721. Cette lettre porte que le Sr. Renault consessionaire qui a passé a la colonie pour le travail des mines etait alors sur une mine de plomb, ou il travaillait fortement, ce que ce qu'il en avoit tiré rendait 90 pour cent; sy cello est vrai on en aura cu la confirmation par les matieres que le Sr. Renault aura fait descendre au bas de la colonie.

Il est constant qu'une partie des terres de la Louisiane produira de très bon indigo dont on fera deux coupes dans les années communes et quelque fois trois. Il y en a du sauvage en quantité aussi beau que celle de Sr. Domingue et on en a semé du fauve, pour epreuve lequel a bien reussy.

Le tabac y vient aussi a merveilles et d'une qualité qui ne cedera pas a celluy de Virginie, toutes les apparences font croire que dans peu d'années la colonie sera en etat de fournir toute la quantité de tabac dont le Royaume pourra avoir besoin pour la consommation.

Le ris vient egalement bien en abondance. Les concessionaires et les habitans devaient en semer de grandes quantitez cette année.

Le mahis et toute sorte de legumes y viennent encore abondannement tout le monde s'attachait aussi a cette culture.

Il y a dans tout le pais une quantité prodigieuse de muriers, et il n'est question que d'avoir le tems de les transplanter pour nourir plus commodement les vers a soye. Il ne faut que très peu d'années pour mettre ces jeunes arbres en état de produire une grande quantité de feuilles, par ce que le terrain de la Louisiane leur étant très favorable, ils y profitent plus que partout ailleurs. Près cella on doit s'attendre en faisant passer des tireuses de soye a la colonie a recueillir une grande quantité de soye toutes les années. On sait par les echantillons qui ont été envoyez en France que le soye de la Louisiane est d'une très bonne qualité C'est un objet important.

Il est absolument necessaire d'envoyer a la colonie beaucoup de negres; ils y sont plus propres que les blancs pour le travail des terres, et de meme que les viles de l'Amerique n'ont été etablies que par les esclaves negres, la Louisiane ne le sera jamais bien, sy l'on ny en envoye une quantité sufisante. Ils se font a merveille au climat. Et il n'y a d'autre sujettion que celle de les habiller en hiver, la depense en est modique.

Tous les concessionaires n'ayant été rendus sur leurs terrains qu'au mois de janvier 1722, on ne doit compter l'etablissement de la colonie que de ce temps la. Ces nouveaux habitants et le peu qu'il y en a d'anciens travaillent fortement a se faire des vivres, et il y a lieu d'esperer, s'il n'arrive pas d'accident, que la recolte de cette année les mettra dans une grande abondance, après quoy ils s'attacheront suivant la qualitte de leurs terrains, a cultiver de l'indigo, du tabac, a faire de la soye, du bray et d'autres choses qui pourront procurer des retours en France. Mais pour y parvenir il faut leur fournir des negres, sans quoi ils ne sauroient reussir dans leurs etablissements.

Le commerce Espagnol est de tous les objets l'un des plus importans. Il pourra dans la suitte se faire par mer, par les batteaux Espagnols qui pourront venir traiter a la coste comme aussi par Pansacole et par la baye St. Joseph, ou les Français peuvent aller tous les jours, mais la traite la plus avantageuse se fera infailliblement par terre au poste des Natchitoches, situé sur la Riviere Rouge, a portée duquel les Espagnol ont fait un etablissement considerable dans un lieu nommé les Adais, ou ils ont construit un fort a cinq bastions, ce poste est sy fort eloigne du Mexique qu'il n'y a pas d'apparence que les Espagnols qui y sont etablis, puissent tirer tant pour eux que pour ceux qui sont etablis sur les derrieres des Adais les marchandises et effets dont ils ont besoin d'ailleurs que du poste des Natchitoches, car en les tirant du Mexique elles coustent un prix excessif, a cause des grands frais de transport par une vaste etendue de terres, au lieu que les Français ayant la facilité a faire passer leurs marchandises par eau aux Natchitoches jusques ou il n'y a qu'environ 80 lieues de la Nouvelle Orleans, ils sont en etat de les donner a bon marché pour les Espagnols.

Les Espagnols qui sont venus en 1721 pour faire l'etablissement des Adais, avaient apporté 50 mil piastres pour acheter des marchandises aux Natchitoches, mais malheureusement il n'y en avoit point dans les magazins de la compagnie, cequi est d'autant plus facheux que s'ils avaient trouvé a pouvoir employer leurs piastres, ils n'auraient pas manqué de revenir avec de plus grosses sommes.

Il sera aussi fort facile de lier un commerce par les terres avec les Espagnols établis vers le haut de la Riviere des Arkansas et vers celle du Missoury. Suivant le relation des voyageurs on ne peut presque pas doutter qu'il ne se puisse faire un commerce très avantageux avec les Espagnols de ces deux coté la sans que le Vice Roy du Mexique puisse jamais l'empecher, attendu l'eloignement qui ne permet pas de faire porter du Mexique les marchandises dont les Espagnols qui habitent'vers ces rivieres peuvent avoir besoin. Et comme ces Espagnols passent pour être fort riche et qu'il est certain qu'ils manquent des choses les plus necessaires il y a apparence qu'il y aura un proffit très considerable sur les marchandises qu'on leur portera.

Comme les bestiaux et les chevaux sont absolument necessaire a l'etablissement de la colonie il ne faudrait rien negliger pour s'en procurer. On peut les tirer de l'Espagnol, soit par les terres, soit de Tampic par la mer, on croit meme qu'on pourrait en avoir aussi de Bayahoude, qui est un port de l'isle de Cube a l'ouest de la Havane, les chevaux et les bestes a corne sont d'une necessité indispensable pour les transports, les voitures et les labours de la colonie, et il serait a souhaitter aussi qu'on put y avoir suffisament des bæufs pour y etablir des boucheries dans les lieux les plus peuples; sans ces secours la vie y sera toujours très rude et fort difficile.

Un des objets principaux est de former les etablissemens sur le fleuve Mississipy. Et les plus grands malheurs de la colonie viennent de n'avoir pas fait entrer les vaisseaux dans ce fleuve pour y conduire tous les colons qu'on a envoyé a la Louisiane. Ce fleuve était practicable dans les premiers tems de l'etablissement comme il l'est aujuord huiz, mais on n'a pas sceu ou voulu en profiter, car tous les concessionaires et leurs effets ont été debarquez sur les sables de la coste, et comme il n'y avait pas suffisament de petits bastimens pour les transporter dans le fleuve ceque les navires de France qui les avaient passé a la colonie auroient pu facilment faire, plus de la moitié des ouvriers et des engagez des concessions qui ont periz par le long sejour qu'ils ont fait sur une coste aride. Et par le faim et le defaut de secours dans la maladie, presque tous leurs effets y ont été consommez ou vendus, au lieu que s'y dès leur arrivée on les eut envoyez dans le fleuve avec les navires dans lesquels ils estaient venus, ces pauvres gens se seraient conserves et les concessions ou habitations se seroient d'abord etablies le long du fleuve et les effets auroient servi a perfectionner les habitations, lesquelles seraient a present en état de dedomager leurs proprietaires des grosses depenses qu'ils ont faittes pour contribuer a l'etablissement de la colonie.

Il est certain que la navigation du fleuve Mississipy est fort aisée et que les navires peuvent y entrer facilement, c'est a dire, tous ceux qui ne calleront pas plus de douze pieds et demy. Il y a ordinairement treize pieds d'eau a l’entree de ce Heuve, quelque fois d'avantage, et le fond est d'une voye fort mole, ce qui est attesté par le raport de plusieurs capitaines qui y ont passé plusieurs fois et par celui du Pere Charlevoix, Jesuite, lequel y a passe aussi au mois de janvier 1722.

On peut asseurer par des relations certaines de tous les voyageurs qui ont été tout le long du fleuve Mississipy que les terres y sont excellentes depuis et compris le detour aux Anglais jusqu’ou les Français ont pu aller en remontant le Heuve.

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